
Les philosophes chrétiens ont souvent associé le
diable à un néant, par opposition à l'Être qu'est Dieu. Il y aurait donc l'Être-dieu versus le Néant-diable. Cependant, nous sommes immédiatement tenté de dire qu'il s'agit là d'une négation de
l'existence du diable. Si le diable est néant, c'est qu'il n'est pas. C'est un grand problème pour les hypothèses de la théodicée. On dit en effet que Dieu est l'Être et qu'il a tout créé, dont
le diable, ce dernier étant "souverain" du mal. Métaphysiquement, dans son autoposition, l'Être implique sa négation en raison, le Néant. Or s'il en est ainsi, il semble que le diable ne soit pas
et que seul Dieu soit, et donc également responsable du mal.
Une image m'est venue. Lorsque nous disons : "C'est la famine qui a tué le peuple". D'une certaine manière, la famine est la cause de la mort, mais en même temps, c'est une non-réalité. Si l'on
oppose "satiété" et "famine", ou autrement dit "nourriture" et "absence de nourriture", il semble bien que l'abence de nourriture soit causale, car en l'absence de l'absence, il n'y aurait plus
de famine. Le néant peut donc bien être cause de quelque chose.
Cependant, le néant se détermine selon l'Être. Le néant est une négation de l'Être, l'Être est donc premier. Mais l'Être n'est pas cause du néant. Car l'Être ne peut causé selon sa nature : faire
devenir, exister comme étant. Or le Néant n'est pas un étant, puisqu'il n'est pas. Nous nous pouvons donc pas dire que Dieu n'est retenu d'universaliser son infinie bonté, puisque la retenu, qui
est une négation, lui est impossible, en tant qu'Être. D'une certaine manière, Dieu ne pouvait pas se retenir de créer, créer fait partie de sa nature, il ne peut que vouloir créer.
Pouvons nous dire alors que le néant est une résistance à l'Être (de la même manière qu'une bulle d'air résiste à la pression de l'eau; et créé une sorte de vide au sein du plein) ? En effet, la
question se réduit à se problème : comment peut-il y avoir de l'absence d'Être, alors qu'à l'Être il lui semble impossible de résister lui-même à sa propre expension? Nous sommes obligé de penser
un autre qui ne doit pas être! Seul l'autoposition de Dieu permet de penser sa négation (si je dis A, je pose que non non A), et par conséquent la négation est en Dieu lui-même, négation de la
négativité. Le néant existe donc en tant que l'Être veut l'empêcher d'être, ou plutôt que lui-même ne soit plus (ce qui anéantirait aussi le néant, en tant qu'il ne pourrait plus nier ce qui
n'est plus) !
Cependant il y a peut-être une différence entre la négation (en tant qu'activité) et l'absence (en tant que passivité). Le néant cause non pas en tant que négateur, mais passivement, par
l'absence de l'Être. De l'absence de l'Être, il s'ensuit que etc. D'ailleurs, de là nous pouvons tirer que le néant n'a pas d'effet sur l'Être, l'être ne peut pas être nié, sans quoi il changerai
de nature.
Est-ce par la négation de (par) Dieu, que le néant est ? Et poutrant, comment nierait-il s'il est l'Être!
Une solution possible : que la logique (qui permet la négation) soit entérieure à l'être, et que l'être soit soumis à la logique. Ainsi, ce n'est plus l'être qui nie en tant que tel, mais par sa
propre position, de fait, cela nie l'altérité du néant. Ainsi, Dieu dut créé, prenant en compte la logique prééxistante, et a chaque affirmation finie (car logiquement circonscrite), se voyait
dessiné une négation finie (car la négation infinie de l'être infini est impossible, et l'être est premier sur le néant). Tenant compte des compossibilité, que la logique lui imposait, Dieu fit
le monde, et donc il créa son négatif (non en tant que création positive, mais en opposition). C'est ce négatif qui "se rebelle" par nature contre dieu.
Le Diable n'est certainement pas, finalement, le néant en tant que tel. Le néant serait plutôt le mal en tant que tel, et le Dieu, d'abord positif, en tant que créé positiviement de Dieu afin
d'être un étant, s'est placé du coté du néant.
Ainsi, nous sommes en conformité avec la théologie du mal. Dieu créé tout bon, il ne créé pas le mal, qui se place par engendrement, d'une certainement manière, mais non dans le sens ou le Fils
est engendré, car il l'est positivement, tandis que le néant l'est "par défaut". Ainsi Dieu n'a pas choisi le mal, il se place par opposition logique à Dieu dans la création (donc résultat de la
création, ce n'est pas du manichéisme), et Dieu n'en n'est pas responsable. Retenons encore qu'il ne faut donc pas personnifier le néant, le mal, mais admettre que le Diable, qui fut bon est
devenu mauvais. Il est nécessairement de dissocier le Diable du mal, comme le fait la théologie.
Je reviendrais là-dessus prochainement.
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Notes supplémentaires :
Il n'est pas impossible que l'Être et la logique soient mutuellement co-existants. En effet, l'être réclame la logique, sans quoi l'être pourrait lui-même se nier (principe de contradiction). La
logique réclame l'être, sans quoi celle-ci est vide et non réalisée. L'Être et la Logique peuvent donc être deux entités simultannées. On pourrait alors penser que l'Être est le Père, et la
Logique le Fils (reste à savoir ce qu'est le Saint-Esprit). Cela est d'autant plus intéressant que le Fils est la parole et que c'est par la parole que Dieu distingue dans la création, et nous
connaissons les liens étroits entre la logique et le langage.
Le mal est alors un néant employé dans un étant contraire à la logique de l'Être, c'est-à-dire qui est menteur ! Tandis que la Logique en tant qu'expression de l'Être est la Vérité.
Peut-être l'Esprit est-il la force de concrétisation de la Logique en l'Être. L'esprit en hébreu (rouah) s'apparente plus à une force de vie, ce qui dynamisme le corps, qu'à un quelconque
principe intellectuel. Donc nous pourrions supposer que la Trinité est descriptible en ces termes : le Père est l'Être, le Fils est la Logique, l'Esprit est la Puissance (non pas au sens
artistotélicien) ou la Transcendance. Mais il reste à déterminer le rôle effectif de l'Esprit dans ce schéma. Ce que nous souhaitons exprimer, en tout cas, c'est que l'Esprit est la mise en être
dans la logique (la parole créatrice, dirons-nous théologiquement, ou l'Unité).
D'ailleurs dernièrement je pensais à quelque chose. Le péché est visible pour l'athée, non en tant que sien, en propre, mais objectivement en tant que disharmonie dans l'existence : la mort
alterne avec la vie, la temporalité, les catastrophes naturelles. Certes, il n'est pas obliger de rendre ce concept théologique. Mais dans sa laïcité, ce concept de disharmonie manifeste
l'irrationalité du monde, irrationalité qui s'oppose à la raison, et qui donc pose problème. Cette contre-raison, serai le signe, ici, du mal manifeste, comme l'étant qui s'oppose à la
Logique.
Ainsi, nous avons : la Trinité divine (Être, Logique, Unité) et le mal (Néant), qui n'est pas en soi une entité (sans quoi nous serions manichéen, et comme nous l'avons montré, cela est
contradictoire), mais qui en revanche s'exprime de manière finie par opposition à l'Unité, en contrant la Logique de l'Être, lorsque un étant quelconque l'emploie (en particulier Satan).
Nous y reviendrons cependant.
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Père/Fils/Esprit = Être/Logique/Unité, ou encore, pour parler théologiquement Être/Parole/Amour. Tous trois ramènent à l'unité. L'Être amène à l'unité par nature, la parole ramène à l'unité
propositionnelle des éléments diverses et la logique sous une forme systématique, enfin l'Amour amène à l'un affectivement ce qui est distinct.
Nous avons cependant un problème, face à la désignation de l'Esprit comme "Un", car il porte à croire qu'il est seul, alors qu'il unifie la Parole et l'Être, signifiant par là que le Père et le
Fils agissent de concert. Nous devons aussi nous rappeler que l'Esprit n'est pas en tant que tel le résultat de l'union. Le résultat de l'union est la vie (Adam devient une âme vivante lorsque
l'esprit pénètre son corps, mais l'esprit n'est pas la vie bien qu'il vivifie, c'est l'âme qui est identifiable à la vie). L'esprit est essentiellement une force qui permet l'unité, nous
pourrions dire, l'unité de l'Être et de la Logique, comme de la Matière et de la Forme dans la métaphysique aristotélicienne. Or nous avons quelque difficulté à qualifier en un mot cette qualité.
Transcendance? Organisme? Amour? Force? Il ne nous faut pas en tout cas empiéter sur le rôle de la Logique elle-même, qui unifie par distinction conceptuelle systématisée. L'Esprit est la Logique
pénétrant l'Être. Aristote dirait que l'Esprit est l'Acte (en tant qu'actualisation d'une forme dans la substance). Notre difficulté est celle-ci: trouver un terme contemporain qui puisse
exprimer la notion aristotélicienne d'Acte, ou plus précisement "entéléchie", comme aboutissement de la mise en forme de la substance. La notion d'Acte est séduisante cependant, parce qu'elle est
équivoque chez Aristote, elle signifie aussi "energeia", c'est-à-dire la puissance réalisante, accomplissante, ce qui signifie bien la manifestation phénoménologique de l'esprit du point de vue
temporel, par opposition à son caractère statique en tant qu'éternel. Parce qu'il possède une telle équivocité, qui exprime aussi bien l'ontologie que la phénoménologie de l'Esprit, nous devrions
peut-être garder la notion d'Acte pour exprimer l'Esprit.
Nous avons ainsi Dieu, qui est Trinité : Père/Fils/Esprit, c'est-à-dire Être/Logique/Acte. Le langage platonicien aurait préférer l'idée de participation, mais celle-ci évoque peut-être trop la
transcendance, tandis qu'il n'y a pas de superiorité réelle entre Père et Fils. Si nous souhaitons parler dans un langage totalement aristotélicien, nous devrions dire :
Substance/Essence/Acte.
Lorsque l'on dit que Dieu est Esprit, nous exprimons ainsi le caractère éternel et achevé de Dieu, en tant qu'acte pur.
L'Être n'est stable que par la Logique, et la Logique n'est réelle que par l'Être. Ce double mouvement est l'Acte. Ainsi, cela forme un trio simultannée. L'unité vient de ce que ontologiquement,
ce n'est qu'en raison que l'on distingue ces trois entité, car en réalité, elles sont unes et indissociables (comme le sucre dans le café, pour reprendre la phrase de Descartes).
Mais alors qu'est-ce que Dieu dans son unité d'essence? (C'est-à-dire sans considérer ses hypostases). Il n'est pas l'Être, puisque l'Être est le Père. Mais il est, paradoxalement (en apparence)
Être, parce que l'Être participe de toute la Trinité (par indissociaton réelle). En faite, Dieu est l'Être logique réalisé, c'est-à-dire unité,du point de vue ontologique, mais du point de
vue conceptuel, il est trois.
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