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Jésus parlait encore à ses disciples, lorsque Judas arriva pour le livrer. Il était l’un des douze disciples. Il savait en quel lieu se rendre, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Derrière Judas, il y avait des huissiers et une foule nombreuse, une cohorte, armée d’épées et de bâtons, avec des lanternes, et des flambeaux. Ils avaient été envoyés par les principaux sacrificateurs et les pharisiens, par les scribes, et par les anciens du peuple. Judas leur avait donné ce signe : « Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui ; saisissez-le, et emmenez-le sûrement. » Dès qu’il fut arrivé, il s’approcha de Jésus. Jésus lui dit : « Judas c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ! Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. » Alors Judas lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il lui donna un baiser.
Jésus, sachant tout ce qui devait arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus de Nazareth. » Jésus leur dit : « C’est moi. » Et Judas, qui le livrait, était avec eux. Lorsque Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Et ils dirent : « Jésus de Nazareth » Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » Il dit cela, afin que s’accomplisse la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Alors ces gens s’avancèrent, mirent la main sur Jésus, et le saisirent.
Ceux qui étaient avec Jésus, voyant ce qui allait arriver, dirent : « Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? » Et voici, Simon Pierre, qui avait une épée, la tira ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille droite. Ce serviteur s’appelait Malchus. Mais prenant la parole, Jésus dit à ses disciples : « Laissez, arrêtez ! » Et, ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit. Jésus dit à Simon Pierre : « Remets ton épée à sa place, dans le fourreau ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? Comment donc s’accompliraient les Ecritures, d’après lesquelles il doit en être ainsi ? Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » A ce moment, Jésus dit aux principaux sacrificateurs, aux chefs des gardes du temple, aux anciens, et à la foule qui était venue contre lui : « Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi. J’étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi. Mais tout cela est arrivé afin que les écrits des prophètes soient accomplis. C’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. » Alors tous les disciples l’abandonnèrent, et prirent la fuite. La cohorte, le tribun, et les huissiers des Juifs, se saisirent de Jésus, et le lièrent. Un jeune homme le suivait, n’ayant sur le corps qu’un drap. On se saisit de lui ; mais il lâcha son vêtement, et se sauva tout nu.
La foule emmena Jésus d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là. Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il est avantageux qu’un seul homme mesure pour le peuple. » Simon Pierre, avec Jean, suivait Jésus. Jean était connu du souverain sacrificateur, et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur ; mais Pierre resta dehors près de la porte. Jean, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit, parla à la portière, et fit entrer Pierre. Les serviteurs et les huissiers, qui étaient là, avaient allumé un brasier, car il faisait froid, et ils se chauffaient. Pierre se tenait avec eux, et se chauffait. Le souverain sacrificateur interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : « J’ai parlé ouvertement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi m’interroges-tu ? Interroge sur ce que je leur ai dit ceux qui m’ont entendu ; voici, ceux-là savent ce que j’ai dit. » A ces mots, un des huissiers, qui se trouvait là, donna un soufflet à Jésus, en disant : « Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ? » Jésus lui dit : « Si j’ai mal parlé, explique-moi ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Anne l’envoya lié à Caïphe, le souverain sacrificateur.
Ceux qui avaient saisi Jésus l’emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe, où les scribes et les anciens étaient assemblés. Pierre le suivit de loin jusqu’à la cour du souverain sacrificateur, y entra. Les serviteurs allumèrent du feu au milieu de la cour pour se chauffer, et ils s’assirent. Pierre s’assit parmi eux, et il se chauffait près du feu. Il voulait voir comment cela finirait. Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, suffisant pour le faire mourir. Mais ils n’en trouvèrent point ; car plusieurs rendaient de faux témoignages contre lui, mais les témoignages ne s’accordaient pas. Enfin, il en vint deux qui se levèrent, et portèrent un faut témoignage contre lui, disant : « Nous l’avons entendu dire : Je détruirais ce temple de Dieu fait de main d’homme, et en trois jours j’en bâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme. » Même sur ce point-là, leur témoignage ne s’accordait pas. Alors le souverain sacrificateur se leva du milieu de l’assemblée, et interrogea Jésus : « Ne réponds-tu rien ? Qu’est-ce que ces hommes déposent contre toi ? » Jésus garda le silence et ne répondit rien. Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu béni. » Jésus lui répondit : « Comme tu l’as dit je le suis. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : « Il a blasphémé ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Voici, vous venez d’entendre son blasphème. Que vous en semble ? » Tous le condamnèrent en répondant : « Il mérite la mort ». Là-dessus, les hommes qui tenaient Jésus se moquaient de lui, et le frappaient. Ils lui crachèrent au visage, lui voilèrent le visage, donnèrent des coups de poing et des soufflets en disant : « Christ, prophétise ; devine et dis-nous qui t’a frappé. » Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres injures. Les serviteurs le reçurent en lui donnant des soufflets.
Les serviteurs et les huissiers avaient allumé du feu au milieu de la cour, car il faisait froid, et ils s’étaient assis. Pierre s’était assit parmi eux, dehors, en bas dans la cour. Une des servantes du souverain sacrificateur, s’approcha de lui. Voyant Pierre qui se chauffait, assis devant le feu, elle fixa sur lui les regards, et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth, le Galiléen. Cet homme était aussi avec lui ! » Mais il le nia devant tous, disant : « Femme, je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire. Je ne le connais pas. » Puis Pierre sortir pour aller dans le vestibule. Et le coq chanta pour la première fois. La servante, l’ayant vu, se mit de nouveau à dire à ceux qui étaient présents : « Celui-ci est de ces gens-là. » Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. » Et un autre dite : « Tu es aussi de ces gens-là. » Il le nia de nouveau, avec serment : « Je n’en suis pas. Je ne connais pas cet homme ». Peu après, environ une heure plus tard, ceux qui étaient là, s’étant approchés, dirent à Pierre : « Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître : tu es Galiléen. » Et un des serviteurs du souverain sacrificateur, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, ajouta : « Ne t’ai-je pas vu avec lui dans le jardin ? » Alors il commença à faire des imprécations et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » Au même instant, comme il parlait encore, le coq chanta pour la seconde fois. Le Seigneur s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. » Et étant sorti, il pleura amèrement en y réfléchissant.
Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs s’assemblèrent avec le collège des anciens du peuple et les scribes. Ils firent amener Jésus dans leur le sanhédrin, et tinrent conseil contre lui, pour le faire mourir.
Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, fut pris de remords. Il revendit le champ qu’il avait acquis avec le salaire du crime et il rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant : « J’ai péché, en livrant le sang innocent. » Ils répondirent : « Que nous importe ? Cela te regarde. » Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira, et alla se pendre dans le champ dont il avait été propriétaire. En se pendant, Judas est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répondues. La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldama, c’est-à-dire champ du sang. Les principaux sacrificateurs ramassèrent les pièces que Judas avait jeté, et dirent : il n’est pas permis de les mettre dan le trésor sacré, puisque c’est le prix du sang. Et, après en avoir délibéré, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, champ que Judas avait revendu, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ce champ a été appelé champ du sang, jusqu’à ce jour. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : « Ils ont pris les trente pièces d’argent, la valeur de celui qui a été estimé, qu’on a estimé de la part des enfants d’Israël ; et ils les ont donné pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. »
Ils se levèrent tous et, après l’avoir lié, ils l’emmenèrent, et le livrèrent à Ponce Pilate, le gouverneur. Ils conduisirent donc Jésus de chez Caïphe au prétoire : c’était le matin. Ils n’entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, et de pouvoir manger la Pâque. Pilate sorti donc pour aller vers eux. Jésus comparut devant le gouverneur. Pilate dit aux principaux sacrificateurs : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » Sur quoi Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. » les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort. » C’est afin que s’accomplisse la parole que Jésus avait dite, lorsqu’il indiqua de quelle mort il devait mourir. Les principaux sacrificateurs se mirent à l’accuser, disant : « Nous avons trouvé cet homme excitant notre nation à la révolte, empêchant de payer le tribut à César, et se disant lui-même Christ, roi. » Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et l’interrogea, en ces termes : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Pilate répondit : « Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi : qu’as-tu fais ? » « Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. » Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus lui répondit : « Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Après avoir dit cela, il sorti de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Je ne trouve rien de coupable en cet homme, il n’y a aucun crime en lui. » Les principaux sacrificateurs portaient contre lui plusieurs accusations. Ils insistèrent et dirent : « Il soulève le peuple, en enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu’ici. » Mais Jésus ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens. Alors Pilate lui dit : « N’entends-tu pas de combien de choses ils t’accusent ? » Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucune parole, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.
Quand Pilate entendit parler de la Galilée, il demanda si cet homme était Galiléen ; et, ayant appris qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode, qui se trouvait aussi à Jérusalem en ces jours-là. Lorsque Hérode vit Jésus, il en eu une grande joie ; car depuis longtemps il désirait le voir, à cause de ce qu’il avait entendu dire de lui, et il espérait qu’il le verrait faire quelque miracle. Il lui adressa beaucoup de question ; mais Jésus ne lui répondit rien. Les principaux sacrificateurs et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence. Hérode, avec ses gardes, le traita avec mépris ; et, après s’être moqué de lui et l’avoir revêtu d’un habit éclatant, il le renvoya à Pilate. Ce jour même, Pilate et Hérode devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant.
Pilate, ayant rassemblé les principaux sacrificateurs, les magistrats, et le peuple, leur dit : « Vous m’avez amené cet homme comme excitant le peuple à la révolte. Et voici, je l’ai interrogé devant vous, et je ne l’ai trouvé coupable qu’aucune des choses dont vous l’accusez ; Hérode non plus, car il nous l’a renvoyé, et voici, cet homme n’a rien fait qui soit digne de mort. » A chaque fête, la coutume obligeait le gouverneur à relâcher un prisonnier, celui que demandait la foule. Il y avait en prison le fameux nommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu’il avait commis dans une sédition, qui avait eu lieu dans la ville. Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : « Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus, qu’on appelle Christ, et qui est le roi des Juifs ? » Car il savait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs avaient livré Jésus. – Pendant qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » – Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent la foule et l’excitèrent afin de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. La foule, étant montée, se mit à demander ce qu’il avait coutume de leur accorder. Ils s’écrièrent tous ensembles : « Fais mourir celui-ci, et relâche nous Barabbas. »
Alors Pilate prit Jésus, et préféra le faire battre des verges. Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans l’intérieur de la cour, c’est-à-dire dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d’un manteau de pourpre. Ils tressèrent une couronne d’épines, qu’ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite. Puis, fléchissant les genoux, ils se prosternaient devant lui. S’approchant de lui, ils le raillaient, en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, frappaient sur sa tête. Et ils lui donnaient des soufflets. Pilate sortit de nouveau, et dit aux Juifs : « Voici, je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucun crime. Jésus sorti donc, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l’homme. »
Le gouverneur parla de nouveau, dans l’intention de le relâcher : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas. » Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ, que vous appelez le roi des Juifs ? » Tous répondirent : « Qu’il soit crucifié ! » Le gouverneur dit : « Mais quel mal a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; car moi je ne trouve point de crime en lui. » Les Juifs répondirent : « Nous avons une loi ; et, selon notre loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. Quand Pilate entendit cette parole, sa frayeur augmenta. Il rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna aucune réponse. Pilate lui dit : « Est-ce à moi que tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher ? » Jésus répondit : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché. » Dès ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César. » Pilate ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors ; et il siégea au tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha. C’était la préparation de la Pâque, et environ la sixième heure (romaine). Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Mais ils s’écrièrent : « Ote, ôte, crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les principaux sacrificateurs répondirent : « Nous n’avons de roi que César. » Et ils crièrent encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » Et leurs cris l’emportèrent. Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. » Et tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Alors Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils prirent donc Jésus. Les soldats lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
Lorsque les soldats sortirent du tribunal avec Jésus, ils rencontrèrent un passant qui revenait des champs, Simon de Cyrène, père d’Alexandre et de Rufus. Ils le chargèrent de la croix, afin de le forcer à la porter, derrière Jésus. Il était suivit d’une grande multitude de gens du peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles, et dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Car voici, des jours viendront où l’on dira : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté, et les mamelles qui n’ont point allaités ! Alors ils se mettront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! Et aux collines : Couvrez-nous ! Car, si l’on fait ces choses au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec ? » On conduisait en même temps deux malfaiteurs, qui devaient être mos à mort avec Jésus. Ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie en hébreu lieu du crâne. Arrivés là-bas, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, de myrrhe ; mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire.
A la troisième heure, Jésus fut crucifié par les soldats, là, à Golgotha. Alors Jésus dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Avec lui furent crucifiés deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Ainsi fut accomplit ce que dit l’Ecriture : « Il a été mis au nombre des malfaiteurs » (Es 53.12). Pilate fit une inscription, pour indiquer le sujet de sa condamnation, qu’il plaça sur la croix au-dessus de la tête de Jésus, et qui portait ces mots : « Celui-ci est Jésus de Nazareth, le roi des Juifs ». Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville : elle était en hébreu, en grec et en latin. Les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : Roi des Juifs. Mais écris qu’il a dit : Je suis roi des Juifs. » Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’une seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. » Cela arriva afin que s’accomplisse cette parole de l’Ecriture : « Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique » (Psaumes 21.19). Voilà ce que firent les soldats. Puis ils s’assirent, et le gardèrent. Le peuple se tenait là, et regardait. Les passants l’injuriaient, et secouaient la tête, en disant : « Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, les magistrats, se moquaient aussi de lui entre eux, et disaient : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! Que le Christ, s’il est roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions en lui. Il s’est confié en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ; Car il a dit : « Je suis Fils de Dieu. » ». Les soldats se moquaient aussi de lui, s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient : « si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Les brigands, crucifiés avec lui, l’insultaient de la même manière. A un moment, l’un des malfaiteurs crucifiés l’injuriait, disant : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! » Mais l’autre le reprenait, et disait : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. » Et il dit à Jésus : « Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. » Jésus lui répondit : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple Jean, dit à sa mère : « Femme, voilà ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voilà ta mère ». Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.
La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. Le soleil s’obscurcit. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte, en hébreu ou en araméen : « Eli (Eloï), Eli (Eloï), lama sabachthani ? » c’est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, dirent : « Voici, il appelle Elie ». Après cela, Jésus qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Ecriture soit accomplie : « J’ai soif ». Et aussitôt l’un des soldats courut prendre une éponge. Les soldats la remplirent de vinaigre, dont un vase proche était plein, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche, afin de lui donner à boire. Les soldats se dirent entre eux : « Laissons pour voir si Elie viendra le sauver. » Quand Jésus eu pris le vinaigre, il dit : « Tout est accompli ». Alors Jésus poussa de nouveau un grand cri : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ». Et en disant ces paroles, il expira en baissant la tête et il rendit l’esprit.
Et voici, le voile du temple se déchira en deux par le milieu, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. Etant sortis des sépulcres, après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et apparurent à un grand nombre de personnes. Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, placés face à Jésus et ayant vu qu’il avait expiré de la sorte, le tremblement de terre et ce qui venait d’arriver, furent saisis d’une grande frayeur, glorifièrent Dieu et dirent : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu. » Et tous ceux qui assistaient en foule à ce spectacle, après avoir vu ce qui était arrivé, s’en retournèrent, se frappant la poitrine. Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin, qui avaient suivi et servi Jésus, et l’avait accompagné depuis la Galilée, pour monter avec lui à Jérusalem. Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et Salomé la mère des fils de Zébédée.
Dans la crainte que les corps ne restent sur la croix pendant le sabbat – car c’était la préparation, et ce jour de sabbat était un grand jour – les Juifs demandèrent à Pilate qu’on rompe les jambes aux crucifiés, et qu’on les enlève. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l’autre qui avait été crucifié avec lui. S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec un lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Ces choses sont arrivées, afin que l’Ecriture soit accomplie : « Aucun de ses os ne sera brisé » (Exode 12.46 ou Nombres 9.12). Et ailleurs, l’Ecriture dit encore : « Ils verront celui qu’ils ont percé » (Zacharie 13.7). Le soir étant venu, comme c’était la préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, arriva un homme pour prendre le corps de Jésus. Il s’agissait de Joseph d’Arimathée, une ville de Juifs. Il était riche et conseiller de distinction. Mais il était bon et juste, car il n’avait point participé à la décision et aux actes des autres. Celui-ci était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, et il attendait également le royaume de Dieu. Il osa se rendre vers Pilate, et demanda la permission de prendre le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit mort si tôt ; il fit venir le centenier et lui demanda s’il était mort depuis longtemps. S’en étant assuré par le centenier, Pilate ordonna de remettre le corps à Joseph.
Joseph descendit Jésus de la croix et prit son corps. Nicodème, qui était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d’environ cent livres de myrrhe et d’aloès. Joseph et Nicodème enveloppèrent le corps d’un linceul blanc que Joseph avait acheté, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, que Joseph s’était fait tailler dans le roc. Ce sépulcre était neuf, personne ne l’avait encore occupé. Ce fut là qu’ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche. Puis Joseph roula une grande pierre à l’entrée du sépulcre, et il s’en alla. Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus accompagnèrent Joseph, virent le sépulcre et la manière dont le corps de Jésus y fut déposé. Marie de Magdala et l’autre Marie, la mère de Joses, étaient là, assises vis-à-vis du sépulcre, regardant où l’on mettait le corps. Et, s’en étant retournées, les femmes préparèrent des aromates et des parfums. Puis, elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi.
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